Des tables et consoles à la frontière du meuble, de la sculpture et de la scénographie.
Laurent Bonet développe pendant plus de trois décennies un corpus de tables-sculptures, de consoles et de pièces de mobilier d’art. La construction relève de l’ébénisterie traditionnelle; les procédés de moulage, de patine et de fabrication empruntent aussi aux méthodes de studio acquises dans les productions cinématographiques américaines.
Les piétements deviennent corps, visages ou ramifications. Le vocabulaire est organique et biomorphique : la forme paraît croître plutôt qu’être assemblée. La proximité avec Gaudí doit être comprise comme une affinité de pensée — continuité entre structure, ornement et vivant — et non comme une imitation stylistique.
Chaque pièce maintient une tension volontaire entre usage et présence. La table demeure utilisable, mais elle ne se laisse pas réduire à sa fonction. Elle garde la mémoire de la main, du corps et de la matière qui l’ont précédée.
La table qui se souvient d'avoir été deboutLe meuble garde la mémoire du corps qui l'a précédé. Les jambes se souviennent d'avoir marché, les visages d'avoir regardé. Un objet utile qui n'a pas fini d'être quelqu'un.Les témoins alignésUne file de têtes porte un plateau. Chacune ne voit qu'une portion de la table et pourtant l'ensemble tient. C'est déjà tout le propos de Pôl et Lïa.Quatre jambes pour une seule idéeLe piétement galbe et se tord comme une pensée qui cherche. Le plateau, lui, ne montre qu'une surface plane : la partie du réel qui accepte qu'on pose quelque chose dessus.Console pour ce qui reste à direUne console tenue au mur par deux pieds qui touchent à peine le sol. Le meuble s'appuie surtout sur ce qu'on ne voit pas.Cinq fois le même silenceCinq têtes, un seul geste répété. La série n'est pas une répétition : c'est un déplacement contrôlé, variable par variable.La table en apesanteurDétourée sur le noir, la table perd son sol. Il ne reste que la forme et ce qu'elle suggère : un corps qui accepte de porter.Le plateau et ses trois hésitationsTrois pieds seulement, et pourtant l'objet tient. Le quatrième appui est ailleurs, dans une géométrie que l'œil ne relève pas.Deux marcheurs sur la ligne d'horizonDeux figures avancent sur une arête, bras ouverts, sans savoir ce qu'il y a de l'autre côté. C'est la position de tout le monde, tout le temps.La table avant d'être une tableL'objet n'est encore qu'une intention posée sur un établi. C'est le moment que personne ne montre et qui contient tout le reste.Le négatif du gesteLe moule contient la forme en creux. Rien n'y ressemble à l'œuvre, et pourtant tout y est déjà. La plus grande part d'un objet se joue dans son négatif.