11 décembre 2025 · Laurent Bonet

Commissaire · Scénographe · Maître de la matière

Portrait de Laurent Bonet, commissaire, scénographe et artisan de la matière : quarante années d’atelier, de cinéma, d’exposition et de transmission.

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Laurent Bonet
Commissaire · Scénographe · Maître de la matière
Mont-Saint-Hilaire, Québec · Contact professionnel
laurentbonet.art · fondationjordibonet.info

Laurent Bonet

Commissaire d’exposition, scénographe et directeur général de la Fondation Jordi Bonet

Le regard curatorial de Laurent Bonet s’enracine dans une expérience de créateur. Quarante années passées à travailler la matière — bois, résine, métal, plâtre, lumière — dans des ateliers d’ébénisterie, des plateaux de cinéma et des espaces d’exposition ont forgé une connaissance qui ne se théorise pas : celle du moment où l’idée prend corps. Avant de penser l’espace, il l’a construit. Avant de placer une œuvre, il a fabriqué des décors pour des productions internationales, sculpté du mobilier, moulé des matériaux composites, peint. Ce parcours n’est pas un détour. C’est une formation par le faire — un compagnonnage au sens ancien du terme, où chaque discipline dépose sa strate dans la suivante.

Ce compagnonnage comporte aussi ses zones d’ombre — et ce sont elles, paradoxalement, qui éclairent le mieux le projet curatorial d’aujourd’hui. Pendant près de trente ans, Laurent Bonet a poursuivi une pratique picturale intense, figurative, habitée par l’héritage écrasant d’un père dont l’œuvre monumentale occupait déjà le paysage. Peindre, pour lui, revenait à se mesurer non pas à une discipline mais à une démesure. Cette confrontation a nourri une production sincère et abondante — des toiles qui portent la trace d’un combat intérieur entre l’ambition et le doute, entre le désir d’exister par l’œuvre et la lucidité que cette existence ne se décrète pas. Ce parcours pictural ne relève pas de l’art contemporain tel que le milieu professionnel le codifie. Il relève de quelque chose de plus ancien et de plus risqué : la traversée, à mains nues, de son propre horror vacui.

C’est précisément cette traversée qui confère à sa voix de commissaire son timbre particulier. Il ne parle pas du vide en théoricien ; il en parle en homme qui l’a habité. Le jour où il a cessé de vouloir remplir l’espace par la peinture — de combler par l’image ce que l’héritage avait creusé — quelque chose s’est libéré : non pas un renoncement, mais un déplacement du regard. La question n’était plus que puis-je créer ? mais que puis-je disposer pour que d’autres créent ? Le commissariat est né de ce retournement. Ce n’est pas une carrière de substitution ; c’est l’aboutissement d’un processus où l’ego du peintre s’est transmué en attention du curateur — une attention à l’œuvre de l’autre, nourrie par l’expérience intime de ce que créer coûte.

Cette intelligence du faire irrigue chaque exposition. La scénographie n’y incarne pas un écrin neutre : elle constitue le geste curatorial lui-même — une dramaturgie de l’espace qui place le visiteur dans une disposition intérieure avant même qu’il ne rencontre l’œuvre. Ce que le cinéma lui a appris — que l’espace parle avant les mots — est devenu le principe fondateur de son travail. Spécialiste en décors et scénographie, il a participé à la construction physique d’univers pour des réalisateurs de calibre international (300, The Fountain, The Aviator). Ce transfert de compétences a consolidé la capacité à penser l’espace comme un récit et à gérer les contraintes de structures lourdes, d’éclairage et de circulation que le projet Horror Vacui mobilise.

Sa relation aux artistes porte la même empreinte. Formé sur des plateaux où chaque métier contribue à un résultat qui dépasse la somme des parties, il conçoit l’exposition comme un acte collectif. Les artistes ne sont pas accueillis dans un dispositif fini : ils participent à son élaboration. C’est parce qu’il a lui-même traversé les fragilités de la création — ses impasses, ses surdités, ses excès — qu’il sait accompagner celle des autres. Non pas en dirigeant, mais en disposant les conditions pour que chaque démarche trouve sa pleine résonance dans l’espace commun.

Fils de Jordi Bonet — muraliste, sculpteur, figure majeure de l’art public au Québec —, Laurent Bonet a choisi de transformer cet héritage en fondation vivante. La Fondation Jordi Bonet ne conserve pas une mémoire : elle la prolonge par la création contemporaine. En 2025, le projet pilote Dévoiler le potentiel de la matière, initié par la MRCVR en partenariat avec Gout Développement culturel, a validé la vision scénographique et curatoriale qui fonde aujourd’hui Horror Vacui — un projet d’exposition itinérante conçu pour traverser le Québec de 2027 à 2029, année du 50e

anniversaire du décès de Jordi Bonet.

Que la matière rejetée porte en elle une intelligence que nous avons désappris à lire. Que le vide n’existe pas — qu’il suffit de regarder assez longtemps pour voir apparaître le sacré dans le rebut. Que l’art ne décore pas le monde : il le répare, fragment par fragment, en restituant une dignité aux choses et aux gestes que l’époque condamne à l’oubli. Voilà ce que Laurent Bonet transmet — non pas un savoir, mais une attention. Non pas une certitude, mais la paix qui vient lorsqu’on a cessé d’en avoir besoin.

Laurent Bonet
Commissaire d’exposition et scénographe
Directeur général et artistique, Fondation Jordi Bonet
Mont-Saint-Hilaire, Québec · Contact professionnel